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La perception sous influence
La perception visuelle est ordinairement décrite comme l'enregistrement d'un monde qui serait là, identique pour tous. Mes travaux, comme ceux du courant énactif, décrivent autre chose : un système perceptif qui se règle en permanence sur l'état de l'organisme, sur ses possibilités d'action, et sur les contextes auxquels il est couplé, jusqu'au contexte social.
Plusieurs facteurs modulent ce réglage, et j'en ai étudié expérimentalement une partie :
Ces influences ne sont pas des biais à corriger, ni du bruit autour d'une perception « vraie ». Elles sont constitutives : c'est ainsi qu'un organisme fait émerger un monde à sa mesure. C'est ce que formalise le Multiscale Enaction Model.
L'approche
Le Multiscale Enaction Model (MEM) soutient que la vision est couplée à des systèmes dont les échelles s'étendent au moins de la cellule au socio-économique. Sa particularité n'est pas de fixer une liste de niveaux, mais de rendre l'échelle pertinente flexible : elle dépend du couplage que l'on étudie.
Le modèle se distingue ainsi de l'approche écologique de Gibson, systémique mais ramenée à une seule échelle — celle du couplage perception–action. Il y ajoute une téléologie incarnée : les besoins de l'organisme, du besoin cellulaire à la motivation, exercent une pression sur ce que l'œil va chercher.
Ces travaux mobilisent des méthodes mixtes — oculométrie, enregistrement électrophysiologique, mesures auto-rapportées, études psychométriques et revues systématiques — pour saisir les processus comportementaux, phénoménologiques et physiologiques comme des configurations coordonnées plutôt que comme des couches indépendantes.
Travaux choisis